L’histoire de l’art, des étiquettes et le confort d’une vie | Chronique d’une Sans Emploi Fixe | 48

Il est presque 8h. Je sors de ma voiture, comme d’habitude, un mug de café à la main. L’air frais du matin touche mon visage et je prends une profonde inspiration. Je me sens bien. En marchant vers le musée, je chantonne. Une mélodie et quelques mots d’un morceau écouté dans la voiture. De quoi donner de l’énergie et de la bonne humeur.

C’est amusant, il y a quelque chose dans la fraîcheur de ce mois de mars qui me rappelle un de mes premiers boulots intérimaires. C’était dans un service d’étiquetage. Je me retrouvais à prêter mains fortes avec trois autres intérimaires, de 7h à 15h, à une employée chargée d’empaqueter et étiqueter des commandes de produits de sport. Au programme de chaque jour ? Mise en forme des boîtes, comptage des produits (selon les modèles et tailles désirées), emballages dans les cartons ad hoc, et étiquetage des commandes. Un job plutôt manuel qui demandait quand même un peu de présence d’esprit : c’était intéressant. De manière assez comique, le côté répétitif avait été jusqu’à me faire rêver de cartons et d’étiquettes les premières nuits. Quoi qu’il en soit, j’en garde de bons souvenirs. J’ai d’ailleurs encore quelques contacts avec une des intérimaires, une femme nommée telle un ange que j’avais revue un plus tard à un marché de Noël. À présent, je crois qu’elle tient une boutique ésotérique…

Pas à pas, je me rapproche de mon bureau tout en buvant mon café. Le liquide brun et chaud réchauffe ma bouche puis mon estomac à chaque gorgée. J’aperçois quelques tableaux depuis l’escalier. En les voyant, les mots d’une bénévole me reviennent. Parfois quand elle vient m’aider, elle me parle de ses cours sur l’histoire de la peinture (qu’elle suit avec un des plus grands profs qui m’ait été donné de rencontrer dans ma vie !). Elle me rappelle aussi les histoires sur certaines toiles, certains peintres, les symboliques de leurs œuvres… toute une série d’informations qui s’étaient perdues dans ma mémoire en plus de dix ans. Je souris à ce rappel à la fois instructif et riche de significations.

C’est à travers ce genre de souvenirs et de moment présent paisible, que je ressens pleinement le plaisir et le confort dans lequel j’ai la chance de vivre… Comme beaucoup d’entre vous, c’est certain. Quelle différence quand on pense à ce qui se passe de nos jours en Ukraine ! Trop loin pour vraiment agir et trop près pour ne pas se sentir concerné, cette guerre laisse songeur de nombreuses personnes. Le sujet est même presque au cœur de toutes les conversations. Le virus oublié, c’est la guerre de personnes qui auraient pu être Européens qui plane dans les esprits… Les images et témoignages qui sortent au quotidien sont poignants : les gens se battent pour leurs terres, leur vie… Il n’est même plus question de job, de factures ou d’autres menus problèmes. C’est une expérience que nous ne connaissons plus depuis longtemps dans nos pays. Alors nous ne pouvons qu’imaginer, et nous dire que nous avons bien de la chance d’avoir notre petit confort, un toit sur la tête, la nourriture dans l’assiette, la technologie en état de marche… Et cette absence de peur au ventre, née de l’inquiétude de ne pas savoir ce qu’il va se passer dans les minutes qui arrivent… J’ose à peine considérer le traumatisme que cela va être pour ces gens. Comme vous tous, j’en suis sûre. De tout cœur avec eux.

La suite au prochain épisode…

Chronique d’une Sans Emploi Fixe | L’Info de la Région 2022 | SEMAINE 10

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